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Full text of "Flore et Zéphire, opéra-comique en un acte"

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RÉPERTOIRE 

DE  LA  SCÈNE  FRANÇAISE 

«"'ANNÉE 


FLORE 

ET  ZÉPHIR 


BRUXELLES 

Jf  -A      LKLONG,     IMPRIMRVR 

LIBRAIRE    DES    THÉÂTRES    ROYAUX 
RUE   DES    PlfcUKE      70 
AU  THEATRE  ROYAL  DL  LA  MONNAIE 
1855 


FLORE  ET  ZÉPÏÏIR, 

OPÉRA-COMIQUE  EN   UN  ACTE. 


Archives  de  la  Viiie  de  Bruxelles 
ArchiefvandeStadBrusset 


FLORE  et  ZÉPHIR 

OPÉRA- COMIQUE  EN  UN  ACTE 

PAR   MM.    DE   LEIiVEN   ET  CH.   DESLYS 

MUSIQUE  DE  M.  EUG.  G  A  UT1ER 

Représenté,  à  Paris,  au  Théâtre  Lyrique,  le  2  octobre  1853 


ÉDITION  AUTORISÉE  POUR  LA  BELGIQUE. 


BRUXHLLES 

IMPRIMERIE    1>E    J.-A.    LELONKP 

LIBRAIRE  DES  THEATRES  ROYAUX, 

RUE     DES  PIERRES,  76, 
ET    A0    THÉÂTRE  ROYAL  DE  LA  MONNAIE. 


PERSONNAGES. 

M.  VERBOIS  M.     Leroy. 

Mma  VERTBOÏS.  M««  Vadé. 

MARIETTE,  leur  nièce.  M»«  Gujchard. 

SATURNIN.  M.     Ribes. 


La  scène  se  passe  chez  M,  Vertbois,  à  Monlargis. 


FLORE  ET  ZÉPHIRE 

OPÉRA-GOMIQUE 


Le  théâtre  représente  un  petit  salon.  —  Fenêtre  au  fond.— 
Une  porte  à  droite. —  Deux  autres  portes  latérales.  —  A 
gauche,  une  table  couverte  d'un  tapis.  —  Une  vieille  ar- 
moire gothique. 


SCENE      PREMIERE. 


MARIETTE  seule 


Au  lever  du  rideau,  M.  et  M»»eVerbois  appellent  chacun  trois 
fois  de  sa  chambre 


Mariette!  Mariette!  Mariette! 

Mariette  entre. 

Mme  vertBOIS 

Mariette!  mais  répondez-moi  donc,  mademoiselle. 


6 

Mariette  à  droite 
Me  voici,  ma  tante. 

VERTBOIS 

Mariette,  mes  manchettes  de  dentelle! 

Mariette  à  gauche 
Je  les  ai  mises  sur  le  guéridon,  mon  oncle! 

nme  VERTBOIS 

Mariette,  ma  boite  à  mouches! 

MARIETTE 

Devant  vous...  sur  la  cheminée,  matante.  Je  ne  sais 
auquel  répondre...  Quelle  toilette  font-ils!  Où  vont-ils 
donc  ce  soir?  (On  joue  au  dehors  de  la  clarinette  sous 
la  fenêtre)  Ah!  mon  Dieu!  En  voici  bien  d'une  autre! 
La  clarinette  de  Saturnin!  Mais  ils  vont  l'entendre!... 
Heureusement,  ma  tante  met  son  rouge...  et  mon  oncle 
est  absorbé  dans  l'arrangement  de  sa  perruque...  ils  en 
ont  encore  pour  longtemps. 


SCÈNE    H. 


MARIETTE,  SATURNIN  passant  la  tête  par  la  porte 
de  droite  qu'il  entr'ouvre 


SATURNIN 

Peut-on  entrer? 


7 

MARIETTE 

Quelle  imprudence!  Non,  monsieur,  on  n'entre  pas» 

saturnin  venant  sur  le  devant  de  la  scène 
Eh  bien!  je  m'en  vas... 

MARIETTE 

Mais,  monsieur,  i)  me  semble  que  vous  venez,  au 
contraire. 

SATURNIN 

Pour  vous  dire  que  je  m'en  vas!  (//  fuit  deux  pas  et 
s'arrête,  puis  s'anïmanl)  Eh  bien!  non,  au  fait...  non! 
je  ne  m'en  vas  pas!  je  reste!  tant  pire!  ça  m'est  égal... 
j'ai  besoin  de  vous  voir!  d'épancher  mon  cœur!  d'ar- 
ticuler des  mots  d'amour!  de  vous  dire  que  ça  ne  peut 
plus  durer  comme  ça!  que  nous  séchons  sur  pied  tous 
les  deux...  mon  instrument  et  moi!  qu'il  n'a  plus  d'âmet 
que  je  n'ai  plus  de  soude,  que  nous  faisons  dos  couacs, 
dignes  d'un  trio  d'aveugles...  et  que  c'est  déshonorant 
pour  la  première  clarinette  de  Montargis. 

MARIETTE 

Taisez-vous!  Taisez-vous  donc!  On  pourrait  vous 
entendre. 

SATURNIN 

Qui  ça?  vos  ancêtres?  Eh  bien!  tant  mieux!  décidé- 
ment, je  me  décide...  et  je  vais  officiellement  leur  de- 
mander votre  main. 

MARIETTE 

Mais  vous  ne  savez  donc  pas?... 


8 

SATURNIN 

Je  sais  que  M.  et  Mœe  Vertbois  m'ont  entendu  avec 
quelque  satisfaction  au  festival  où  nous  nous  rencontra- 
mes,  pour  la  première  fois,  ô  Mariette!  Je  composais  à 
moi  seul  tout  l'orchestre!.,  je  me  souviens  parfaitement 
qu'ils  sont  venus  me  complimenter  tous  les  deux  à  pro- 
pos de  mon  embouchure...  et  j'espère  qu'ils  seront 
flattés. 

MARIETTE 

N'espérez  rien!...  en  fait  de  musique,  ils  n'estiment 
que  celle  des  écus  de  six  livres. 
saturnin 
Eh  bien!  on  peut  aussi  leur  fournir  de  ce  son  là. 

MARIETTE 

Vous? 

saturnin  avec  dignité 

Moi  ..  Je  viens  d'être  élevé  à  un  emploi  conséquent, 
qui  nVoctroye  de  l'estime,  de  la  considération  et  des 
appointemens  considérables.  Quatre  cents  francs! 

MARIETTE 

Par  mois? 

SATURNIN 

Fi  donc!  par  an!  et,  avec  le  patrimoine  que  je  pos- 
sède déjà,  et  les  leçons  que  je  peux  donner... 

MARIETTE 

Ça  fait,  en  tout? 

SATURNIN 

Ça  fait,  en  tout...  quatre  cents  francs!  car  j'attends 
encore  des  élèves!  mais,  en  les  attendant,  n'aurons- 


9 

nous  pas  aussi,  dans  notre  petil  ménage,  les  douze 
cents  livres  de  rentes  que  doit  vous  donner,  pour  dot, 
votre  estimable  tante  de  Paris. 

MARIETTE 

Voilà  justement  la  difficulté...  Mes  chers  tuteurs  de 
Montargis  sont  chargés  de  me  choisir  un  mari..  Il  faut 
que  je  prenne  un  époux  qui  leur  agrée.,,  sans  cela... 

SATURNIN 

Point  de  dot!  Eh  bien!  nous  nous  en  passerons,  de  la 
dot...  n'avons-nous  pas  une  fortune? 

MARIETTE 

Mais  laquelle...  laquelle? 

saturnin  montrant  sa  clarinette 

Ceci!  ô  Mariette!  ce  simple  morceau  de  buis!  duquel 
mon  souffle  harmonieux  fait  jaillir  des  flots  de  mélodie, 
qui  peuventdéfîer  celle  d'Orphée  etd'Amphion!  Avez- 
vous  connu  Orphée  et  Amphion,  ô  Mariette? 

MARIETTE 

Non... 

SATURNIN 

C'était  les  deux  plus  fortes  clarinettes  de  l'antiquité, 
DUO. 

SATURNIN 

Cet  instrument,  voilà  notre  trésor... 
Oui,  je  le  jure,  ô  Mariette, 
Chez  nous,  bientôt  ma  clarinette 
Va  faire  couler  des  flots  d'orî 


10 

MARIETTE 

Quoi!  vous  croyez  qu'à  Monta  rgis? 

SATURNIN 

À  Montargis,  fi  donc!...  Nous  irons  à  Paris! 
mariettb  avec  joie 
Nous  irons  à  Paris? 

SATURNIN 

C'est  le  Pactole  d'un  artiste... 
De  mes  rivaux  je  suis  vainqueur! 

MARIETTE 

A  vos  triomphes,  moi  j'assiste^ 
Et  je  suis  fière  au  fond  du  cœur. 

SATURNIN 

A  Paris,  un  grand  artiste 
Est  fêté  comme  un  grand  seigneur. 

ENSEMBLE 

Ah!  quelle  ivresse! 
Tous  deux  unis, 
Vivre  à  Paris! 
Quelle  allégresse! 
Quel  paradis! 

MARIETTE 

Enfin,  j'aurai  donc  des  toilettes! 

saturnin 
A  faire  envie  aux  plus  coquettes! 

MARIETTE 

Une  maison? 

SATURNIN 

Un  vrai  palais! 

Archief  van  de  Stad  Brussel 


n 

MARIETTE 

Des  domestiques? 

SATURNIN 

Des  laquais! 

MARIETTE 

Un  carrosse? 

SATURNIN 

Dix  équipages! 

MARIETTE 

Avec  livrée? 

SATURNIN 

A  grands  ramages! 

MARIETTE 

El  puis  le  soir? 

SATURNIN 

Concert  et  bal! 

MARIETTE 

Toulelanuit? 

SATURNIN 

Gai  festival!... 

ENSEMBLE 

Ah!  c'est  un  bonheur  sans  égal... 
La  vie  est  un  gai  carnaval! 

MARIETTB 

Riant  avenir 
D'honneurs,  de  plaisir, 
Ne  vas  pas  l'enfuir! 
Ah!  pour  te  saisir 
Je  voudrais  partir! 


Je  suis  peu  coquette, 
Mais  je  le  soutien, 
Un  peu  de  toilette, 
Ça  ne  gâte  rien! 
Et  puis,  en  voiture, 
Glisser  mollement, 
Y  faire  figure, 
Ah!  c'est  bien  tentant! 

Palais, 

Laquais, 
Concert  et  bal, 
Ah!  c'est  un  bonheur  sans  égal! 
Riant  avenir,  etc. 

ENSEMBLE 

Riant  avenir,  etc. 

SATURNIN 

Oui,  Mariette,  nous  serons  riches!  richissimes!..  Et 
c'est  à  la  musique  que  nous  devrons  tout  cela! 

MARIETTE 

Oh!  oui!  Ah!  mon  Dieu!  j'entends  du  bruit!.,  mais 
nous  nous  oublions,  monsieur.  Mon  oncle  et  ma  tante 
vont  être  prêts.  Allez- vous-en! 

SATURNIN 

Par  exemple!  Vous  ne  voulez  pas  que  je  renarre  les 
merveilles  de  ma  clarinette  à  M.  et  à  Mme  Verbois? 

MARIETTE 

Non!  plus  tard!  Nous  avons  besoin  de  nous  concer- 
ter ensemble. 


13 

SATURNIN 

Mai»  quand  cela? 

MARIETTE 

Demain!  après-demain!  Ou  peut-être  ce  soir  même, 
quand  ils  seront  sortis. 

SATURAI!* 

lis  sortent  donc? 

MARIETTE 

Sans  doute!  avec  deux  éblouissans  costumes  gothi- 
ques! qu'on  a  tirés  tout  exprès  ce  matin  de  cette  vieille 
armoire  mystérieuse  qui  récèle,  je  crois,  bien  des  cho- 
ses secrètes!  car  on  la  ferme  dès  que  j'approche!  aussi, 
je  suis  d'une  curiosité  ! 

SATURNIN 

A  quel  gala  vont-ils? 

MARIETTE 

Je  Piguore! 

SATURNIN 

Ah!  ils  se  rendent  peut-être  au  théâtre  de  Montargis 
où  dansent  ce  soir  deux  célébrités  de  la  capitale. 

MARIETTE 

Eux!  au  théâtre!  bon  Dieu! 

SATURNIN 

Pourquoi  cette  exclamation,  Mariette? 

MARIETTE 

A  ce  soir,  M.  Saturnin,  à  ce  soir! 

SATURNIN 

Ici? 


14 

Mariette  avec  dignité 
Par  exemple,  monsieur!  En  l'absence  de  mon  oncle 
et  de  ma  tante!  la  morale  s'oppose!  et  puis,  ils  m'en- 
ferment  toujours  quand  ils  sortent. 

SATURNIN 

Alors...  où?  comment? 

MARIETTE 

Vous  viendrez  là!  sous  cette  fenêtre!  et  nous  cause- 
rons... 

SATURNIN 

De  bas  en  haut! 

MARIETTE 

Du  haut  en  bas! 

SATURNIN 

C'est  moral,  mais  c'est  bien  gênant! 
Mariette  avec  dépit 
Après  ça,  monsieur,  si  vous  ne  voulez  pas!  à  votre 
aise! 

SATURNIN 

Oh!  si,  si!  Mariette  chérie!  dussiez- vous  me  traiter 
du  haut  en  bas!  Dussé-je  attraper  un  rhume,  un  torti- 
colis... je  subirai  tout,  je  souffrirai  tout. 

MARIETTE 

A  ce  soir! 

SATURNIN 

C'est  encore  bien  long!  un  petit  baiser  pour  prendre 
patience. 

Mariette  se  récriant  avec  colère 
Monsieur  Saturnin! 


15 

SATURNIN 

Rien  qu'un  tout  petit,  petit! 

Mariette  indignée 
Jamais!  au  grand  jamais!..  (Se  radoucissant  tout  à 
coup)  à  moins  que  vous  ne  partiez  tout  de  suite. 

SATURNIN 

Oh!  oui! 

Il  l'embrasse. 


«C'ÈSE    III. 


les  mêmes,  H.  et  iMme  VERBOIS  en  grande  toilette  go- 
thique, paraissant  chacun  à  la  porte  de  sa  chambre 

QUATUOR 

M.    et  Mme  VERBOIS 

Qu'ai-je  vu!  Quelle  hardiesse! 
Un  homme  embrassant  notre  nièce! 

biariette  à  part 

Hélas!  hélas!  quelle  frayeur! 

saturnin  saluant  avec  embarras 

Monsieur,  madame...  j'ai  l'honneur.., 

VERBOIS 

Siècle  pervers! 


16 

ftme  VERBOIS 

Ab!  quelle  horreur! 
verbois  à  Saturnin 
Répondez-moi!  Que  signifie? 
a***  verbois  de  même 
Monsieur,  monsieur,  il  faut  parler! 

VERBOIS 

Il  faut,  il  faut  tout  dévoiler! 

SATURNIN 

A  votre  arrêt  je  me  confie. 
Écoutez-moi,  je  vais  parler. 
Mariette  à  Saturnin 
De  leur  arrêt  je  me  défie. 
Mais  maintenant  il  faut  parler! 

SATDRN1N 

Monsieur... 

VERBOIS 

Honte  pour  la  famille! 
saturnin  se  tournant  vers  Mm8  Verbois 
Madame... 

Mmc  VERBOIS 

Une  si  jeune  fille! 
saturnin 


Monsieur. 


Madame.. 


VERBOIS 

0  siècle  débauché! 

SATURNIN 


Mme  VERBOIS 

Un  semblable  péché! 


M 

SATURNIN  61  MARIETTE 

Mais  écoulez.. . 

M.    et  Mm0  VERBOIS 

C'est  un  péché! 
Un  gros  péché! 
Ah!  c'est  un  énorme  péché! 

ENSEMBLE 

M.  et  Mmc  VERBOIS 

Quel  horrible  scandale! 
J'étouffe  de  courroux! 
Quel  coup  pour  la  morale! 
Ah!  tremblez  devant  nous! 

SATURNIN  et   MARIETTE 

Ce  n'est  point  un  scandale, 
Calmez  ce  grand  courroux! 
Au  nom  de  la  morale, 
De  grâce,  écoutez-nous! 

saturnin  criant  pour  se  faire  écouter 

Un  baiser  n'est  qu'un  badinage, 
Quand  il  s'agit  du  bon  motif! 
En  pareil  cas,  le  mariage 
Peut  servir  de  palliatif... 
Puisqu'il  s'agit  du  bon  motif, 
Mariez-nous  par  correctif. 

m.  et  Mme  VERBOIS 

Vous  marier! 

MARIETTE 

C'est  le  jeune  homme, 
Dont  je  vous  parlais,  l'autre  soir! 


18 

SATURNIN 

Vous  me  connaissez...  Je  me  nomme... 

VEREOIS 

Vousn'avei  pas  le  sou...  bonsoir! 

BLm*  verbois  avec  dédain 
Eonsoir,  mon  cher!  bonsoir!  bonsoir! 

Mariette  à  Mme  Verbois 
Il  a  maintenant  une  place... 

saturnin  à  M.  Verbois 
Une  place,  même  assez  grasse! 

Mme  verbois  avec  ironie 
Voyons  donc  cet  emploi  si  beau? 

VERBOIS 

Expliquez-vous...  Dans  quel  bureau? 

saturnin  se  posant  avec  dignité 
(Parlé)  Un  bureau...  à  moi!  allons-donc! 

De  nos  grands  maîtres  interprète, 
Avec  orgueil,  je  vous  le  dis, 
Je  suis  première  clarinette, 
Au  théâtre  de  Montargis! 
m.  et  nme  verbois,  avec  indignation 
Clarinette! 

SATURNIN 

Oui,  la  première  clarinette, 
Du  théâtre  de  Montargis! 

Mme  VERTBOIS 

Un  homme  de  théâtre!  amoureux  de  ma  nièce! 

VERBOIS 

Un  homme  de  théâtre!  horreur  pour  ma  maison! 


19 

Mme  VERTBOIS 

Eussiez-vous  de  Crésus  l'éclat  et  la  richesse, 
Vous  ne  seriez  pour  moi  qu'un  suppôt  du  démon! 

SATURNIN  et  MARIETTE 

Écoutez-nous. 

m.  et  Mme  VERUOIS 

Non,  non,  non,  non! 

ENSEMBLE 

Quel  horrible  scandale! 
J'étouffe  de  courroux; 
Au  nom  de  la  morale, 
Ah!  sortez  de  chez  nous! 
Oui,  nous  vous  chassons  de  chez  nous! 
Hors  de  chez  nous! 

SATURNIN  et  MARIETTE 

Ce  n'est  point  un  scandale, 
Calmez  votre  courroux  ; 
Au  nom  de  la  morale, 
De  grâce,  unissez-nous! 
Je  tous  implore,  unissez-nous! 
Unissez- nous! 

M.  cl  Mm«  Verbois  repoussent  Saturnin  et  le  font  sortir,  en 
le  menaçant,  par  la  porte  de  droite;  puis  ils  se  retournent 
avec  colère  vers  Mariette,  qu'ils  repoussent  dans  la  cham- 
bre à  gauche. 


20 


«rÉiE  IV. 


M.  et  Mœe  VERBOIS 


VERBOIS 

Un  musicien  de  théâtre! 

Mm*  VERBOIS 

Toujours  le  théâtre! 

VERBOIS 

Le  fait  est  qu'à  Montargis,dans  notre  retraite,  nous 
n'entendons  parler  que  de  cela  depuis  huit  jours... 

Mme  VERBOIS 

Ce  matin  encore...  celte  petite  affiche  que  Ton  a  glis- 
sée sous  notre  porte (Elle  la  tire  de  sa  pocha  et  la 

lit)  «  Pour  les  représentations  des  danseurs  de  Paris, 
«esoir,  au  théâtre  de  Montargis  :  première  représen- 
tation du  célèbre  ballet  de  Flore  et  Zéphire.  * 

VERBOIS 

Flore  et  Zéphire!  {Soupirant)  Ah! 

wme  verbois  de  même 
Ah! 

VERBOIS 

Que  de  souvenirs  ce  ballet  me  rappelle! 

Archives  de  la  Ville  de  Bruxelles 
Archief  van  de  Stad  Brussel  m 


21 

Mme  VKRB01S 

Oh!  oui...  jeunesse!  amours... 

VERBOIS 

Triomphes  et  succès! 

M^e  verbois  avec  crainte,  regardant  autour  d'elle 

Chut!  M.  Verbois... 

verbois  de  même 
Vous  avez  raison,  Mme  Verbois...  chut! 

Mm*  VERBOIS 

La  moindre  imprudence  pourrait  faire  deviner  notre 
secret... 

VERBOIS 

iNotre  terrible  secret...  et  alors... 

Mm*  VERBOIS 

Et  alors...  je  ne  serais  pas  dame  de  charité...  Un 
rêve  que  je  caresse  depuis  vingt  années  que  nous  nous 
sommes  mystérieusement  retirés  dans  celte  province... 

VERBOIS 

Et  moi? on  ne  me  ferait  pas  marguiller..,  ma  noble 
ambition  serait  déçue... 

Mme  VERBOIS 

Il  y  a  tant  de  gens  qui  convoitent  ces  deux  postes 
d'honneur... 

VERBOIS 

On  nous  jalouse,  à  cause  de  notre  fortune... 

Mm«  VERBOIS 

De  nos  manières  de  cour...  et  de  nos  vertus...  on 
nous  épie.., 


VERBOIS 

Et  lorsque  dans  le  passé...  ah! 

Mme  VERBOIS 

Lorsqu'au  temps  de  sa  folle  jeunesse...  oh! 

VERBOIS 

Si  Ton  venait  à  découvrir... 

Mme  VERBOIS 

Vous  me  faites  frissonner! 

VERBOIS 

Mais  non...  rassurez-vous...  il  y  a  si  longtemps... 
et  puis,  c'était  en  pays  étranger... 

Mme  VERBOIS 

N'importe!  j'ai  toujours  peur!  oui,  je  vous  le  répèle 

encore,  c'est  contre  mon  gré C'est  pour  vous  obéir 

que  je  me  laisse  entraîner,  ce  soir,  à  cette  représenta- 
lion... 

VERBOIS 

Pouvons-nous  refuser  M.  le  maire  et  Mme  ja  maj_ 
resse,  qui  nous  choyent  et  veulent  nous  avoir  dans  leur 
loge?  ce  serait  impolitique,  Mme  Verbois... 

Mrae  VERBOIS 

Mais  ce  serait  conséquant,  monsieur... 

■  VERBOIS 

Et  puis,  pensez-y  donc...  (Avec  transport)  Flore  et 
Zéphire! 

Mme  VERBOIS 

Flore  et  Zéphire!  Ah!  M.  Verbois,  vous  êtes  unser  • 
pent  tentateur...  (Soupirant)  Nous  ferions  mieux  de 
rester  chez  nous... 


23 

VERBOIS 

Perdre  d'aussi  belles  toilettes...   mais  oa  va  vous 
admirer,  madame... 

aime  verbois  minaudant  avec  son  éventail 
Vous  trouvez  donc,  monsieur? 

verbois  lui  prenant  la  taille 
Que  vous  êtes  à  croquer,  d'honneur. 
Mm*  verbois  lui  donnant  un  coup  d'éventail  sur  la  joue 
Taisez-vous,  taisez-vous...  petit  mauvais  sujet... 


SCÉiMG    V. 


os  mêmes,  MARIETTE 


Mariette  entrant 
Ma  tante... 

Mme  verbois  faisant  un  bond 
Hein? 

verbois  de  même 
Quoi?  Que  voulez-vous? 

Mme  verbois  avec  colère 
Vous  écoutiez? 

Mariette  naïvement 
J'entre  pour  vous  dire  que  le  carosse  de  louage  que 


n 

vous  avez  demandé  est  en  ba?...  et  vous  avez  bien  fait, 
car  il  pleut  à  verse.  . 

VERBOIS 

Qu'en  dites-vous,  madame...  puisque  le  carosse  est 
en  bas? 

9Xm*  VERBOIS 

Allons,  partons...  Mariette,  mon  mantelet! 

Mariette  met  le  mantelet  à  sa  tante. 
VERBOIS 

Ali!  mon  épée,  mon  «hapeau! 

11  va  les  chercher  sur  un  fauteuil. 
mbi«  verbois  à  Mariette 
Vous,  mademoiselle,  rentrez  dans  votre  chambre... 
et  faites  pénitence  pour  vos  péchés...    (Montrant  la 
porte  d'entree)  Je  vais  fermer  à  double  tour... 
verbois  revenant  Pépée  au  côté,  tenant  son  chapeau  à 
cornes  de  la  main  gauche,  et  offrant  la  droite  à  sa 
femme. 
Madame  la  patronesse,  voulez-vous  me  permettre... 

Mme  verbois  faisant  la  révérence 
M.  le  marguillicr,  vous  me  faites  honneur... 

verbois  la  regardant  avec  admiration 
C'est,  qu'en  vérité,  madame,  vous  êtes  majestueuse! 

Mme  VERBOIS 

Vertuchou!  monsieur...  vous  êtes  flamboyant! 
Ils  sortent.  —  On  entend  fermer  la  porte  d'entrée  à  double 
tour. 


423 


SCÈNE    VL 


MARIETTE  seule.  Ecoutant 


Ils  nrenfermenl!  Ah!  ça  m'est  égal!  (Roulement  d'une 
voiture  en  dehors)  Enfin,  les  voilà  partis!  mais  où  vont- 
ils?  et  quel  singulier  air  ont-ils,  ce  soir,  tous  les  deux! 
(Allant  à  la  fenêtre)  Ah!  mon  Dieu!  quel  vent!  La  pluie 
qui  redouble!  Et  ce  pauvre  Saturnin  qui  va  venir!  res- 
ter dehors!  par  un  si  mauvais  temps! 

COUPLETS 

Pauvre  garçon!  déjà  peut-être, 

Le  cœur  brûlant,  le  corps  transi, 

Il  attend  sous  cette  fenêtre 

Que  ma  voix  descende  vers  lui! 

Par  ce  temps  d'orage  et  de  brume, 

Je  crains  vraiment  qu'il  ne  s'enrhume... 

Je  voudrais  lui  porter  secours... 

C'est  qu'on  peut  mourir  d'un  gros  rhume... 

Hélas!  il  pleut,  il  pleut  toujours... 

Il  pleut  bien  fort  sur  mes  amours... 

Sur  la  ritournelle,  on  frappe  en  rtebera  aux  carreaux  de  U 
fenêlre. 


m 

Deuxième  Couplet. 

Dieu!  mais  que  vois-jeà  cette  vitre? 
Le  voilà  monté  sur  le  mur! 
De  son  sort  je  suis  donc  l'arbitre... 
Ne  pas  ouvrir  serait  bien  dur. .. 
Pourtant  la  démarche  est  hardie... 
Je  ne  dois  pas...  je  me  déûe... 
Mais  si  le  feu  de  ses  amours... 
Allait  s'éteindre  sous  la  pluie?... 
Hélas!  il  pleut,  etc. 
Elle  va  à  la  fcnêlre  qu'elle  entrouvre.  —  Saturnin  l'ouvre 
violemment  et  s'élance  tout  trempé  dans  la  chambre. 


SCÈNE   VII. 


MARIETTE,  SATURNIN 

On  voit  sa  clarinette  sous  son  habit.  11  arpente  la  scène  en 
grelottant  et  en  soufflant  dans  ses  doigts. 

SATURNIN 

Oh!  merci,  Mariette,  merci...  Quelle  pluie!  quel  vent 
glacial!  Une  seconde  de  plus,  j'étais  figé! 

MARIETTE 

Pauvre  ami! 

SATCRNin  avec  amour 
Venez  près  de  moi,  Mariette...  mais  prenez  un  pa- 


27 

rapluic...  car  je  suis  une  vraie  gouttière...  Approchez- 
vous,  Mariette! 

MARIETTE 

Non,  monsieur... (Elle  s'approche)  Vous  le  voyez. .. 
j'ai  été  bonne,  généreuse.  J'ai  bien  voulu  vous  ouvrir... 
mais  vous  serez  sage...  bien  sage...  et  vous  n'exigerez 
rien  de  plus... 

SATURNIN 

Oh!  Mariette,  je  suis  si  mouillé! 
Mariette  s'approche  tout  près  de  lui  ;  il  veut  la  prendre  par 
la  taille,  elle  recule  aussitôt. 

MARIETTE 

Je  vais  me  fâcher,  monsieur. 

SATURNIN 

Mais  j'ai  l'onglée,  Mariette. ..  (Pleurant  presque)  Il 
est  barbare  de  repousser  la  main  d'une  clarinette  qui  a 

l'onglée... 

Mariette  à  part,  émue 

Il  me  fait  de  la  peine! 

COUPLETS  ET  DUETTO 

Premier  Couplet 

SATURNIN 

Soyez  moins  sévère, 
Plus  hospitalière 
Pour  un  pauvre  amant 
Encor  grelottant! 
Au  mois  de  décembre, 
Quoi!  dans  cette  chambre 
Je  n'aperçois  pas, 
De  foyer,  hélas! 


!28 

Je  n'ai  donc,  ma  chère, 
Pour  calerifère 
Que  Tardent  amour 
Payé  de  retour... 
Souffrez,  sans  reproche, 
Qu'amour  nous  rapproche, 
El  qu'à  son  doux  feu 
Je  me  chauffe  un  peu. 

II  lui  prend  la  main. 
ENSEMBLE 

SATURNIN 

J'ai  froid  ..  sans  reproche,  etc. 

Mariette  à  part,  émue 
Souffrons,  sans  reproche 
Qu'amour  nous  rapproche, 
Et  qu'à  son  doux  feu, 
11  se  chauffe  un  peu! 

SATURNIN 

Deuxième  Couplet 

Voire  main  charmante 
Dans  ma  main  tremblante, 
Je  le  sens  déjà, 
iMe  ranimera! 

Elle  veut  s'éloigner»  il  la  relient. 
Ah!  restez  de  grâce, 
Car  ce  froid  de  glace 
Pourrait  revenir 
Encor  me  saisir. 
Pour  qu'il  disparaisse 


29 

Et  que  je  renaisse, 
Que  vos  jolis  yeux 
Me  regardent  mieux! 
Que  j'y  puisse  lire 
Un  tendre  délire, 
Et  qu'à  leur  doux  feu, 
Je  me  chauffe  un  peu. 

Elle  tourne  les  yeux  vers  lui  ;  il  passe  son  bras  autour  de  sa 
taille. 

ENSEMBLE. 

SATURNIN 

Que  j'y  puisse  lire,  etc. 
Mariette  à  part 

Qu'il  y  puisse  lire 
Ce  qu'on  n'ose  dire... 
Et  qu'à  leur  doux  feu, 
Il  se  chauffe  un  peu. 

Saturnin  l'embrasse. 

Mariette  s'éloignant  vivement 
Ah!  monsieur,  c'est  affreux!  c'est  abuser  de  l'hospi- 
talité! 

SATURNIN 

Pardonnez-moi,  ô  Mariette!  Le  froid  est  mon  excu- 
se... mais  me  voilà  réchauffé  tout  à  fait. . .  et  nous  pou- 
vons causer  de  notre  mariage. 

MARIETTE 

Avez- vous  trouvé  quelque  moyen  de  sortir  d'embar- 
ras? 


30 

SATURNIN 

Peut-être... 

MARIETTE 

Parlez  vite... 

SATURNIN 

Tout-à-1'beure,  j'ai  versé  mes  chagrins  d'amour  dans 
le  sein  de  mon  chef  d'orchestre...  un  vieux  de  talent, 
qui  a  battu  la  mesure  devant  pas  mal  de  têtes  couron- 
nées... Quand  j'ai  parlé  de  M.  et  deMme  Verbois,  de 
leur  fureur  contre  le  théâtre,  il  est  parti  d'un  fou  rire 
et  a  prononcé  ces  paroles  solennelles  :  «  Si  ces  bour- 
geois pudibonds  s'obstinent  dans  leur  analhème...  j'ai 
peut-être  le  moyen  de  les  réconcilier  avec  le  théâtre  en 
général  et  avec  la  clarinette  en  particulier.  » 

MARIETTE 

Après... 

SATURNIN 

L'ouverture  allait  commencer...  il  a  levé  son  archet... 
ctmoi,  j'ai  levé  le  pied  pour  venir  à  notre  rendez-vous... 
mais  demain..» 

MARIETTE 

Cela  est  étrange...  car,  de  mon  côté... 

SATURNIN 

Vous  avez  trouvé  quelque  chose? 

Mariette  montrant  une  clé 
Ceci... 

SATCRN1N 

Une  clé! 

MARIETTE 

Celle  de  cette  mystérieuse  armoire. 

Archives  de  ia  Ville  de  Bruxelles 
Archiefvandef 


31 

SATURNIN 

Cest  peut-être  aussi   celle  du  grand  mystère.., 
voyous... 

I)  veut  la  prendre. 

MARIETTE 

Mais,  monsieur,  c'est  mal,  peut-être... 

SATURNIN 

Bahî  bah!  Pamour  nous  absout  d'avance...  Voyons, 
voyons... 

11  lui  prend  la  clé;  il  va  ouvrir  l'armoire- 

Mariette  regardant  dans  l'armoire  avec  Saturnin 
Oh!  les  drôles  d'habillemens! 

SATURNIN 

Des  costumes  de  théâtre,  Dieu  me  pardonne!...  Un 
;asque  de  guerrier!  en  satin  rose! 

Il  va  le  poser  sur  la  table. 

MARIETTE 

Un  chapeau  de  bergère... 

SATURNIN 

Des  ailes  d'amour! 

I)  les  pose  aussi  sur  la  table. 

MARIETTE 

Une  houlette! 

SATURMN 

El  il  y  a  quelque  chose  d'écrit  dessus... 

MARIETTE 

En  lettres  d'or... 


52 

sATcmm  lisant  sur  lenianclie  de  la  houlette 
«  A  la  divine  Zélinde...  de  la  part  du  roi  de  Prus- 
se. » 

«ARIETTE 

Zélinde!  le  roi  de  Prusse! 

SATURNIN 

Ah!  ah!  ah!  C'est  drôle! 

MARIETTE 

Ah!  ah!  ah!  C'est  drôle! 

SATURNIN 

Qu'est-ce  que  cela  veut  dire? 

MARIETTE 

Oh!  si  Ton  pouvait  entendre  ce  qu'ils  chuchottent 
souvent  eutre  eux. 

SATURNIN 

Ce  serait  parfait!  nous  aurions  le  mot  de  la  chara- 
de! mais  cela  n'est  pas  possible!... 

On  entend  le  roulement  d'une  voiture  au  dehor*. 

MARIETTE 

Ah!  mon  Dieu!  une  voilure  s'arrête  devant  la  mai- 
son! 

— SATCRNIN 

Diable! 

MARIETTE 

On  ouvre  la  porte  en  bas!  ce  sont  eux!  ils  rentrent! 
Sauve!  vous! 

SATURNIN 

Oui!  par  la  fenêtre! 


35 

MARIETTE 

Ne  vous  cassez  rien! 

saturnin  qui  a  regardé  par  la  fenêtre 
Mais  le  damné  cocher  est  justement  là  dessous!...  if 
criera  au  voleur! 

11  va  pour  entrer  dans  la  chambre  de  Mariette. 
MARIETTE 

Eh  bien!  n'entrez  pas  là!  destina  chambre!...  et  ma 
réputation! 

SATURNIN 

Et  le  corps  de  garde! 

11  court  çà  et  là  dans  une  grande  agitation. 
Mariette,  ouvrant  la  porte  de  la  chambre  de  sa  tante. 

Tenez,  par  ici!...  Oh!  non!  tfest  la  chambre  de  ma 
lante!...  ce  serait  encore  pis. 

|  SATURNIN 

Ah!  dans  cette  armoire!  xNon,  c'est  trop  petit!  {Cou- 
rant écouter  à  la  porte)  Ils  montent  l'escalier!  où  me 
fourrer? 

MARIETTE 

Tenez!  sous  cette  table! 

SATURNIN 

Oui,  oui,  sous  cette  table! 

11  s'y  cache. 

MARIETTE 

Il  était  temps!  les  voilà! 


M 


«CENE   VIII. 


SATURNIN  caché  sous  la  table,  MARIETTE, 
M.  et  M™'  VERBOIS 


m*c  verbois  entrant  avec  colère 
C'est  une  horreur! 

verbois  de  même 
Une  infamie! 

Mme  VEBBOIS 

Une....  {Apercevant  Mariette)  Vous  ici,  mademoi- 
selle! Pas  encore  couchée! 

Mariette  à  part 
Comme  ils  ont  l'air  fâché. 

m.  et»me  VERBOIS 
Répondrez-vous? 

MARIETTE 

Dame!  ma  tante!  (Apercevant  les  ailes,   le  casque  et 
la  houlette  qui  sont  restés  sur  la  table.  —  A  part)  Ah! 
mon  Dieu* 
F.IIe  se  place  vivement  devant  la  table  de  manièreà  masquer 

les  objets. 

M.  et  Mm«  VERBOIS 

Eh  bien!  mademoiselle? 


MARIETTE 
VKRBOIS 

Ne  suis-je  pas  Jà? 

MARIETTE 

JJ?  tm-'li  pas  aussi  l™  i«  coiffe  mou  oncle  pour  la 

ame  v«rbois 
J'ai  l'habitude  de  coiffer  M.  Verbois....  Allez  vous 
coucher,  mademoiselle.  ous 

VERBOIS 

Et  ne  faites  pas  de  mauvais  rêves! 

MARIETTE 

Permettez-moi  du  moins  de  vous  accompagner  .us- 
qu'à  votre  chambre.  gagner  jus- 

VERBOIS 

Nous  restons  encore  ici...  laissez  nous! 

Mariette  à  part 
Et  Saturnin! 

M,    .       ■„  M'  el  Mm«  VERBOIS 

Mais  allez  donc!  allez  donc! 

MARIETTE 

JfrTÏSiïV"1  (f  parl)  S^™  voalaiten- 


56 

TOUS  DEUX 

Bonsoir!  bonsoir! 

Mariette  rentre  dans  sa  chambre. 


SCÈNE  IX. 


SATURNIN,  Mi  et  M»«  VERBOIS 


Mme  VERBOIS 

Ah!  quelle  soirée,  M.  Verbois!  quelle  soirée! 

VERTBOIS 

Ne  m'en  parlez  pas,  ma  chère.  J'en  suffoque  encore 
de  dépit  et  de  courroux!  Votre  vertugadin  n'est- il  pas 
des  plus  coquets? 

Mmc  VERBOIS 

Votre  habit  n'est-il  pas  des  plus  galans? 

VERBOIS 

N'avez-vous  pas  la  pose  la  plus  noble? 

Mme  VERBOIS 

Ne  possédez-vous  pas  la  tournure  la  plus  dégagée? 

VERBOIS 

Eh  bien!  a  peine  assis  dans  la  loge  de  M.  le  maire, 
la  salle  se  met  à  chuchotter. 


37 

Mm'  VERBOIS 

Des  impertinens  se  tournent  de  notre  côté! 

VERBOIS 

On  nous  montre  au  doigt! 

ttmt  VERBOIS 

On  nous  rit  au  nez! 

VERBOIS 

On  nous  crie  des  mots! 

Mme  VERBOIS 

D'une  inconvenance! 

VERBOIS 

Le  rideau  se  lève! 

Mmc  VERBOIS 

Et  l'on  nous  oublie  pour  le  ballet. 

VERBOIS 

Mais  pendant  Tentr'acte... 

Mme  VERBOIS 

Les  cris  redoublent! 

VERBOIS 

Les  quolibets  recommencent...  impossible  d'y  tenir. 

Mme  VERBOIS 

Je  m'enfuis  épouvantée! 

VERBOIS 

Je  vous  suis  en  toute  hàle! 

Mmc  VERBOIS 

Et  nous  voici. 

verbois  tombant  dans  un  fauteuil 
Ouf! 


38 

Mme  verbois  de  même 
Quelle  avanie! 

VCRBOIS 

Quel  scandale! 

Mme  VERBOIS 

Celle  nuit,  je  n'en  fermerai  pas  la  paupière. 

verbois  allant  à  elle 
Allons,  ma  toute  belle,  allons!  calmez-vous!  nous 
savons  ce  que  nous  valons!  méprisons  ces  faquins! 
ume  verbois  soupirant 
Oh!  la  jeunesse  d'autrefois! 

VERBOIS 

Que  voulez-vous?  tout  dégénère!.,  galanterie!  poli- 
tesse... et  la  danse!-..  Avei-vous  vu  ces  danseurs  d'à 
présent? 

Mme  verbois 

Pas  la  moindre  grâce! 

VERBOIS 

Pas  de  moelleux! 

Blmc  VERBOIS 

Pas  de  ballon! 

VERBOIS 

C'est  maigre! 

Mme  VERBOIS 

C'est  mesquin! 

VERBOIS 

C'est  flasque!  Il  faut  dire  le  mot...  c'est  flasque! 

Mmc  VERBOIS 

Cette  Flore,  monsieur...  cette  Flore*.,  mais  ça  dan- 
se comme  une  grisettc! 


3<> 

VERBOIS 

Ce  Zéphir,  madame,  ça  voltige  comme...  un  polis- 
son! 

Mme  VERBO(S 

Le  joli  pas  de  deux  du  premier  acte...  l'ont-ils  abî- 
mé! 

VERBOIS 

L'ont  ils  massacré! 

Mme  VERBOIS 

Les  barbares! 

VERBOIS 

Les  Visigoths!  Ah!  que  vous  étiez  belle  dans  ce  pas 
là,  ma  Zélinde! 

saturnin  à  part 
Oh!  oh!  oh!  oh! 

Mme  VERBOIS 

Que  vous  étiez  enivrant  en  Zéphir,  mon  Floridor! 

saturnin  de  môme 
Ah!  ah!  ah!  ah! 

VERBOIS 

Nous  avions  les  bonnes  traditions! 

Mme  VERBOIS 

Les  tiaditions  de  Vestris  le  grand,  notre  maître! 

VERBOIS 

Aussi  quels  débuis!  Pendant  deux  ans,  vous  avez  ré- 
duit les  gentilshommes  de  Berlin  à  l'insomnie. 

Mrae  VERBOIS 

Pendant  deux  ans,  vousavez  lacéré  le  cœur  de*  beau- 
tés berlinoises. 


40 

VERBOtS 

Ali!  que  nous  étions  sémillans!  maZélinde! 

Mme  VERBOIS 

Ah!  que  nous  étions  légers,  mon  Floridor? 
FINAL 

VERBOIS 

COUPLETS 

Avec  mon  habit  de  satin, 
Quand  je  voltigeais  en  Zéphire, 
Tout  le  beau  sexe  de  Berlin 
M'applaudissait  avec  délire. 
On  s'écriait  :  qu'il  est  bien  fait? 
Il  fallait  bien  que  je  le  crusse, 
Et  d'orgueil  mon  cœur  bondissait.. . 
Quand  je  dansais  pour  le  roi  d'Prusse? 

Mm*  VERBOIS 

Deuxième  Couplet. 

On  m'écrasait  sous  les  bouquets; 
Dès  que  la  pièce  était  unie, 
Dans  ma  loge  je  recevais 
La  fleur  de  l'aristocratie. 
J'aurais  pu  choisir  pour  époux, 
Comte,  marquis,  ou  prince  russe, 
La  cour  était  à  mes  genoux... 
Quand  je  dansais  pour  le  roi  d'Prussei 

VERBOIS 

DUO. 

De  la  scène 

Archives  de  ta  Ville  de  Bruxelles 
ArchiefvandeStadBrussel  , 


41 

Vous  étiez  reine? 

mmt  VERBOIS 

Vous  étiez  roi  par  les  talens? 
ENSEMBLE. 

Doux  souvenir  de  mes  beaux  ans 
En  moi  ramène 
Le  printemps! 

VEBBOIS 

Je  vous  vois  encore 
Ma  divine  Flore, 
Fraîche  comme  aurore 
Dormant  à  l'ombre  d'un  bosquet, 

**"  verbois  se  plaçant  sur  un  canapé  et  faisant  mine  de 

dormir 

Comme  cela! 

verbois  en  extase 

Parfait!  parfait! 
Voltigeant. 

J'approchais,  Zéphire  volage^ 
Et  de  mon  aile  j'effleurais 
Les  roses  de  votre  visage. 

aime  verbois  se  levant 
A  l'instant  je  me  réveillais! 

verbois 
De  mon  bras  je  vous  enlaçais. 

Mme  VERBOIS 

Et  nous  daosions  alors  ce  pas  qui  faisait  rage! 

Elle  chante  en  faisant  le  pas, 
La  la  la, 


La  la  la. 
verbois  de  même,  dansant 
La  la  la, 
La  la  la, 
Ah!  c'est  bien  cela! 
La  la  la. 

nme  verbois  chantant  et  dansant 
Que  de  grâce! 
verbois  de  même 
A  mon  tour  je  passe! 
La  la  la. 

Mme  VERBOIS 

C'est  divin! 

VERBOIS 

Je  prends  votre  main. 
Je  la  tiens!  quel  plaisr  j'éprouve! 

Mme  VERBOIS 

Je  retrouve 
Mes  doux  élans! 

ENSEMBLE 

Ah!  vraiment  je  n'ai  que  vingt  ans. 
Doux  souvenir  de  nos  beaux  ans, 
En  moi  ramène  le  printemps! 

La  la  la  la  la  la, 

La  la  la  la  la  la. 

Mme  verbois  essoufflée 
Chanter!  danser!  tout  à  la  fois, 
Cela  va  nous  mettre  aux  abois. 


43 

VERBOIS 

I!  nous  faudrait,  ô  ma  poulette, 
Pour  terminer  ce  pas  divin, 
Le  doux  solo  de  clarinette 
Qui  nous  mettait  si  bien  en  train. 
saturnin  à  part 
Tiens!  je  l'ai  justement  répété  ce  matin. 
verbois  dansant  el  chantant 
La  la  la  la  la  la. 
Mœc  verbois  de  même 
Je  m'en  souviens,  oui,  c'est  cela. 
La  la  la  la  la  la. 
Tout  à  coup  la  clarinette  continue  le  motif  sous  la  table. 
u.  et  aime  verbois  stupéfaits,  mais  entraînés  par 
la  danse 
Mais  qu'entends-je  là? 
Oui,  cet  air-là! 
C'est  bien  cela! 
Que  signifie? 
Quelle  magie! 
Ab!  c'est  ici! 
Oui, 
C'est  ici! 
Saturnin  se  montre  sous  le  tapis,  lève  la  lubie  avec  lui  et 
continue  tranquillement  à  jouer. 

m.  et  aira€  verbois  l'apercevant 
Ah! 
ENSEMBLE 

Un  homme...  quelle  frayeur! 

Je  me  sens  mourir  de  peur! 

C'est  un  malfaiteur! 


Criant. 

Au  voleur! 
Au  voleur! 


se  Ext:  X. 


lesmêues,  MARIETTE 


MARIETTE 

Quels  cris!  Calmez  celte  frayeur! 
Non,  non,  ce  n'est  pas  un  voleur! 
C'est  le  tendre  ami  de  mon  cœur! 

SATURNIN 

Calmez,  calmez  cette  frayeur! 
Non,  je  ne  suis  pas  un  voleur! 
Car  je  n'ai  volé  que  son  cœur! 

VERBOIS 

Encor  vous,  monsieur,  prenez  garde! 

Mme  VERBOIS 

Nous  allons  appeler  la  garde! 

SATURNIN 

Elle  m'adore!  exaucez-nous! 
Il  faut  me  nommer  son  époux! 

m.  et  Mme  VERBOIS 

Jamais!  jamais!  hors  de  chez  nous! 


m 

satcrnik  passant  au  milieu 

(Motif  des  Couplets) 

Pourquoi  serais-je  rebuté, 

Lorsque  mon  âme  l'idolâtre? 

Pourquoi  tant  de  sévérité 

Envers  l'amour  et  le  théâtre? 

Au  pauvre  amant  déshérité 

Il  faut  passer  un  peu  d'astuce, 

Et  montrer  plus  de  charité 

Quand  on  dansait  pour  le  roi  d'Prusse! 

m.  et  Mme  verbois  avec  effroi 

Pour  le  roi  de  Prusseî 

Mariette  faisant  la  révérence  et  présentant  à  Verbois 
la  houlette 

Pour  le  roi  de  Prusse! 

saturnin  saluant  et  présentant  à  Mm"  Verbois  les  ailes 
de  Zéphire 

Pour  le  roi  de  Prusse! 
Gainent 

Oui,  vous  nous  marierez 
Et  vous  nous  doterez. 

m.  et  aime  verbois  se  récriant 

Non  pas! 

SATURNIN 

Alors,  la  clarinette 
Ne  sera  pas  muette! 
Elle  bavardera! 
Partout  elle  dira.., 


46 

verbois  vivement,  avec  frayeur 
Taisez-vous! 
Mme  verbois  de  même 

Tout  s'arrangera! 

SATURNIN 

A  notre  hymen,  ah!  Ton  vous  fêtera, 
Chacun  de  vous  y  dansera, 
Et  répétera  : 

Motif  du  pas  de  Ballet 

SATURNIN    et   MARIETTE 

La  la  la  la  là, 

Plus  de  peine! 
En  voyant  nos  enfans  conlens, 
Doux  souvenir  de  mes  beaux  ans, 

En  moi  ramène 

Le  printemps! 

ENSEMBLE 
Plus  de  peine!  etc. 


FIN. 

Archives  de  la  Ville  de  Bruxelles 
ArchiefvandeStadBrussel  , 


i 


22™  ANNÉE. 


Le  Bijou  Perdu. 

Le  Nabab. 

La  Pierre  de  Touche 

Louise  de  Nanteuii 

Romulus 

Georgelte 

Les  Erreurs  du  Bel  Age 

Mon  Etoile 

Un  Cheveu  Blanc 

Betly 

La  Joie  Ait  Peur 

La  Crise 

Deux  Profonds  Scélérat? 

La  Vie  en  Rose 

Le  Gendre  de  M.  Poirier 

Le  Laquais  d'Arthur 

Les  PapillottesdeM. Benoît  A  proposdu  Du 

La  Promise  Delà  Lumière  s'il  vous  Plaît 

Où  Passerai- je  mes  SoiréesLes  Brigands 

La  Partie  de  Piquet 

Elisabeth 

Mi  lord  Duc 

Une  Femme  en  Quatre 


L'Etoile  du  Nor 

L'Epave 

La  Fiancée  du  Diable 

Breydel 

LesConsullations  delo:risse 

Comme  unChiendansunJeu 

Le  Mariage  du  Capucin 

Le  Testament  du  Czar 

Mêlez-vous  de  vos  Affaires 

Un  Enfant  dé  Bruxelles 

Les  Amis  et  les  Ennemis 

Un  Provincial  qui  se  Forme 

Sans  Dot 

Le  Choix  d'un  Etal 

Le  Fauvette 

Altôeou  l'Ange  du  Foyer 


Ginesla 

Marguerite 

Un  Tour  de  Grand  Seigneur 

Docteur  Wespe 


140  VOLUMES 

DU  PANTHÉON  CLASSIQUE  ET  LITTÉRAIRE 

20  centime: 

LE  VOLUME  AU  CHOIX.